The DAO : quelles sont les limites d’un contrat sur une blockchain ?

daoLa communauté des crypto-monnaies (ou blockchains), dont Bitcoin est la première implémentation, a une nouvelle fois été secouée. Cette fois, c’est la plate-forme Ethereum qui est en cause. En effet, The DAO, qui avait levé il y a un mois 8,26 millions d’ETH (Ether) sur Ethereum, soit plus de 100 millions de dollars, a perdu le 17 juin dernier 3,64 millions d’ETH, soit environ 4,5% de la quantité existante d’ETH.

Pour le contexte, il faut savoir qu’Ethereum a été développé dans le but de créer un système similaire à Bitcoin, mais avec des capacités de programmation étendues, permettant une variété infinie de constructions contractuelles avec l’objectif que ces dernières soient immuables. Autrement dit, un contrat sur la plate-forme Ethereum devrait avoir comme propriété que personne ne peut agir contre son exécution, ce qui crée de fait un système juridique autonome.

La personne qui a attaqué l’organisation The DAO a utilisé une faille dans son code. Il est largement reconnu qu’il s’agit là d’un vol. En conséquence, il est suggéré de demander à ceux qui valident les transactions de bloquer le portefeuille de l’assaillant, voire d’annuler les transactions litigieuses. Dans le même temps, une lettre ouverte a été envoyée par l’assaillant. Certains pensent qu’il s’agit d’un faux. Quoi qu’il en soit, elle offre un point de vue totalement différent (traduction libre) :

Je suis déçu par ceux qui considèrent l’utilisation de cette fonctionnalité comme du vol. J’ai utilisé cette fonctionnalité telle qu’écrite dans les termes du contrat et mon avocat m’a indiqué que mon action était totalement conforme avec les lois des États-Unis.

D’une part, l’assaillant prétend que son action est conforme au contrat. En l’espèce, il est difficile de le contredire puisque le contrat étant le code, s’il existe une faille dans le code, alors la faille fait partie du contrat. Est-il légitime de contrevenir à l’application rigoureuse de ce contrat car son exécution ne serait pas conforme à son esprit ? Cela créerait en tout cas un précédent qui pourrait faire du tort à la confiance dans l’impartialité des contrats écrits sur Ethereum. Et on voit que des questions qui se posent depuis toujours dans le monde juridique sur l’interprétation et les limites des contrats, se posent également aux blockchains.

Par ailleurs, il est fait mention de la juridiction américaine. Si un certain degré d’anonymat est possible sur la blockchain Ethereum, certaines personnes sont tout à fait connues, et donc potentiellement attaquables. L’interaction entre les blockchains et les juridictions traditionnelles seront intéressantes à suivre…

On peut se demander quel est l’intérêt des blockchains si on retombe sur les mêmes problématiques qu’avant. Certes, si les contrats sont exécutés sur des machines, ces dernières sont contrôlées par des humains. La nouveauté est qu’un consensus est nécessaire pour la viabilité d’une blockchain, sans quoi celle-ci perdra des utilisateurs, et donc de sa valeur. Ainsi, à supposer qu’elle puisse s’établir, une gouvernance par oukases a peu de chances de s’y maintenir. Il est possible qu’à l’avenir, certaines blockchains soient plus neutres dans l’exécution de leurs contrats, alors que d’autres feront l’objet d’une discussion au sein de leur communauté pour annuler ou modifier l’exécution de code en cas de contestation. Plus de sept ans après la création du Bitcoin, on a toujours du mal à imaginer les contours potentiels de ce nouveau monde…

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