Sécurité : le dirigisme m’a tuer

En cette période de campagne municipale, la tentation est grande pour les candidats d’envisager la vidéo surveillance de l’espace public et la multiplication des effectifs de police pour remédier à l’insécurité qui sape la qualité de vie des habitants. Mais le contrôle est-il une solution durable ? Mettons-nous un instant à la place d’enfants issu d’un milieu social difficile.

Nous voici donc au beau milieu d’une cité de logements sociaux. Pourquoi vivons-nous là ? Le code d’urbanisme prévoit que les mairies peuvent restreindre la construction sur les terrains privés de la commune, ce dont elles ne se privent pas. Le droit de propriété étant ainsi violé, l’offre de logement ne peut s’adapter à une demande croissante, et les prix grimpent. De plus, le code de la construction et de l’habitation « protégeant » les locataires, il y a de moins en moins de bailleurs, et les conditions d’obtention d’un logement privé sont de plus en plus draconiennes. Là-dessus, les pouvoirs publics ont fait construire des logements sociaux pour tenter de pallier les problèmes qu’ils ont eux-mêmes créés. Voilà pourquoi nous nous retrouvons parqués dans ces barres d’immeubles sans âme à des années lumières du centre ville.

Si nous pouvions voyager, voilà qui pourrait nous aider à prendre du recul par rapport à notre quotidien. Mais le code des transports nous empêche, de fait, de voyager en car, moyen de transport pourtant très bon marché. Il nous faudra donc rester chez nous pendant les vacances.

Nos parents paient des impôts qui financent notre école. Mais à cause du code de l’éducation, nous ne pouvons la choisir. L’Éducation Nationale nous place comme des pions selon des règles sur lesquelles nous n’avons aucune prise. Si nous voulons aller dans une école plus adaptée à nos propres difficultés, il faut payer une deuxième fois pour une école privée, ce que nos parents ne peuvent se permettre. Comme nous sommes tous différents, il est clair qu’un enseignement unique ne peut convenir à tout le monde. Le système étant dirigé d’en haut, il ne peut tenir compte de nous qui sommes les plus en difficulté.

Notre dernière chance : l’emploi. Là encore, la loi est en embuscade. D’abord, le code du travail nous interdit de travailler pour le prix dont nous aurions pu convenir avec notre potentiel employeur. Ensuite, elle nous empêche d’accepter d’être renvoyé si l’employeur le souhaite, ce qui fait que, comme nous n’avons pas de références, personne ne nous permet de mettre le pied à l’étrier.

Enfin, le code pénal interdit la vente d’un certain nombre de drogues. Un marché noir s’établit donc, marché où les prix sont très élevés et où on ne nous demande pas de références, rendant la vente de ces drogues très attractives à nos yeux. Comme rien n’est légal, nous réglons nos comptes par la violence, quitte à terroriser le voisinage.

Il ne s’agit pas ici de justifier la délinquance, mais de la comprendre, car comme disait Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes ». Il est donc temps de s’attaquer aux causes de l’insécurité esquissées ici : ces lois ne protègent pas, elles réduisent le champ légal des possibles, conduisant à la violence ceux qui se voient privés d’avenir et qui n’ont donc plus rien à perdre.

Les adorateurs de l’État omnipotent, qu’ils soient de droite ou de gauche, nous ont pavé un enfer avec leurs bonnes intentions. Ils ont créé une société fracturée par la loi entre ceux qui sont dans le système et ceux qui sont en dehors, entre ceux qui ont des droits acquis et ceux qui voient leurs libertés piétinées, entre ceux qui ont de l’influence auprès du pouvoir et ceux qui n’en ont pas. Les plus fragiles n’ont pas besoin d’allocations pour échapper à la délinquance. Ils ont juste besoin de recouvrer la liberté qui n’aurait jamais dû leur être enlevée. Il ont juste besoin qu’on les laisse agir comme ils l’entendent tant que cela ne nuit pas à la liberté d’autrui. Il ont juste besoin d’être délivrés du carcan réglementaire qui les condamne à l’exclusion. Le discours misérabiliste et moralisateur est non seulement d’une absolue hypocrisie, mais surtout une insulte à ceux qu’il prétend défendre. Le discours sécuritaire n’a pour seule issue que l’État policier, qui n’est nécessaire pour maintenir l’ordre que dans une société où l’injustice a été érigée en norme. La paix et la prospérité vont de pair et ne pourront être obtenues qu’en rendant à chacun la maîtrise de son destin.