Monsieur Naulot, est-ce le bon combat ?

Couverture du livreMonsieur Jean-Michel Naulot, j’ai lu avec grand intérêt votre récent livre « Crise financière – Pourquoi les gouvernements ne font rien ». Comme membre du collège de l’Autorité des marchés financiers, vous avez une vue de l’intérieur du monde de la finance, et c’est de manière détaillée que vous analysez la situation financière catastrophique dans laquelle nous sommes plongés. Mais précisément, ne manquez-vous pas de recul dans votre propos ?

Votre thèse est que les « puissances d’argent » instrumentalisent les pouvoirs publics, ce qui concrètement se traduit par une politique monétaire laxiste conduisant à la formation de bulles spéculatives puis au renflouement des banques. Là où je ne vous comprends plus, c’est que vous accusez « les marchés » et demandez plus de réglementation. In fine, vous pensez qu’il y a trop de liberté dans la finance, et condamnez le « libéralisme mondialisé ».

Votre analyse de la crise des subprimes me semble typique de l’ensemble du propos. Vous écrivez :

De 2004 à 2008, le marché avait réellement cru comme Ben Bernanke en 2005 qu’aux États-Unis les prix des maisons ne baissent jamais. Il était possible de distribuer le crédit immobilier sans examen de  la situation de solvabilité des ménages, avec la bénédiction des deux agences proches du gouvernement, Fannie Mae et Freddie Mac, des agences privées qui bénéficient de garanties gouvernementales. Seule était prise en considération la qualité de l’hypothèque. C’était la grande idée de George Bush qui avait fixé comme objectif en 2002 de permettre à au moins 5,5 millions d’Américains à faible revenu de devenir propriétaires de leur maison avant la fin de la décennie. Les notations triple A des agences sur les produits structurés ne firent que renforcer l’aveuglement des opérateurs. Tout le monde a embarqué sur le Titanic, dans le grand silence des marchés !

On comprend que le gouvernement américain est intervenu sur le marché du crédit immobilier et qu’il s’en est suivi la bulle immobilière que l’on sait. Mais vous concluez que ce sont les « marchés » qui sont coupables de la création de cette bulle ! Je ne sais pas ce que vous entendez par « marché », mais si un marché est un lieu d’échanges volontaires, alors je ne vois pas où est la responsabilité des « marchés » dans cette affaire. Comme vous l’écrivez, la bulle provient de la coercition exercée sur les contribuables américains pour qu’ils garantissent des prêts immobiliers. Personne ne s’est volontairement porté garant de ces prêts. Il s’agit donc d’un pur produit de l’interventionnisme d’État, ce qui est parfaitement opposé à la doctrine libérale.

Par la suite, vous écrivez que les « banquiers centraux sont les premiers artisans des bulles spéculatives ». Mais au lieu de vous interroger sur l’existence des ces « banques », vous accusez la déréglementation qui a eu lieu dans l’industrie de la finance. Or, quand vous avez une monnaie comme l’or ou l’argent, personne ne peut la manipuler, pas même le plus cupide des capitalistes. Il y a une contrainte physique indépassable. Vous notez vous-même le sérieux approfondissement des déséquilibres économiques mondiaux depuis la fin de la convertibilité du dollar en or en 1971. De manière analogue, les monnaies cryptographiques comme le Bitcoin ont également cette vertu de ne pas pouvoir être manipulables, cette fois-ci grâce à une contrainte mathématique. Mais qu’en est-il des monnaies fiat que les gouvernements ont imposé aux « marchés » ? Elles sont très facilement manipulables par le recours à la planche à billets. En conséquence, cette immense pouvoir de création de monnaie attire tous les vautours de la finance, rendant inévitable une collusion entre les puissances d’argent et le pouvoir politique. En dernière analyse, les gouvernements ont forcé les citoyens à utiliser une monnaie instrumentalisée par tous ceux que vous dénoncez avec raison dans votre livre. N’est-ce pas là la racine du mal ?

Vous invoquez la « déréglementation » des dernières décennies comme cause de tous nos malheurs. J’y vois un aveu de l’échec du centralisme monétaire, qui nécessite une armada de lois stérilisantes pour survivre. En effet, il n’existe que deux modes de régulation : celui par la réglementation, et celui par la responsabilité. Le premier est illusoire car les failles sont toujours multiples et débouche donc sur une surenchère législative creusant le tombeau de l’innovation, pour le plus grand bénéfice de la nomenklatura financière en place. Le second fait assumer à chacun les conséquences de ses actes, laissant les financiers innover en proportion du risque qu’ils sont prêts à prendre pour eux-mêmes et non pour les autres. Le capitalisme libéral marche parce que les profits récompensent des choix utiles à la société tandis que les pertes punissent des choix qui gaspillent des ressources. Si les pertes sont annulées par des renflouements rendus possibles par la planche à billets, ce système n’a plus rien de libéral. L’authentique déréglementation consisterait, pour commencer, à libéraliser la monnaie par la suppression du cours légal.

Vous sous-titrez « Pourquoi les gouvernements ne font rien ». Je dirais plutôt, « Pourquoi les gouvernements ont fait et ne défont pas », car le cours légal, la création des banques centrales, la garantie des dépôts, et le reste des trois mille pages du Code monétaire et financier constituent autant d’interventions gouvernementales massives dans l’économie. Ils ont réglementé car ils veulent financer leurs programmes sans augmenter les impôts, la planche à billets permettant d’accuser « les marchés » lors de crises financières. Ils ne déréglementent pas (vraiment) car renoncer à la planche à billets obligerait à une immense remise en question des dépenses publiques, insoutenables sans cet impôt caché qu’est la création de monnaie. Et derrière ces dépenses publiques se trouve un maquis de subventions, « droits acquis », et autres privilèges qui transforment les pays les plus paisibles et prospères en champ de bataille réglementaire qui ne peut profiter qu’aux plus puissants. Ainsi est sacrifié le progrès social sur l’autel de l’État Providence. Tout est lié.

De tout temps, les dirigistes de droite et de gauche ont pris prétexte des catastrophes qu’ils engendraient pour nous asservir toujours un peu plus. Monsieur Naulot, maintenant que vous « sortez du silence », pensez-vous vraiment qu’il faille leur apporter notre soutien ?

Une politique anticapitaliste sabote le fonctionnement du système capitaliste de l’économie du marché. Si l’interventionnisme ne rapporte pas les succès escomptés, cela ne démontre nullement qu’il soit nécessaire d’adopter le socialisme. Cela prouve simplement la futilité de l’interventionnisme. Tous les maux que les somptueux « progressistes » interprètent comme faillite évidente du capitalisme ne sont en réalité que le résultat de leur ingérence dans le mécanisme du marché, ingérence qu’ils prétendent être si profitable. Seuls les ignorants qui identifient à tort interventionnisme et capitalisme, croient que le socialisme représente le remède contre ces maux.

Ludwig von Mises, 1956

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