L’hommage rendu par le socialisme au nationalisme

Lundi dernier, dans l’émission Mots Croisés sur France 2, a eu lieu un débat sur la désormais célèbre « affaire Leonarda ». L’immigration est un sujet sensible car il semble impossible de satisfaire tout à la fois les exigences de « fermeté » et « d’humanité ». L’émission fut l’occasion d’une confrontation entre Marine Le Pen, sensée incarner la ligne « fermeté », Eva Joly sensée incarner la ligne « humanité », Jean-Marie Le Guen et Christian Jacob sensés incarner la ligne « fermeté mais on n’est pas des fachos » ou « humanité mais on ne fait pas dans l’angélisme ».

Ce qui m’a immédiatement frappé, c’est l’aisance avec laquelle Marine Le Pen interpellait ses adversaires, et la difficulté avec laquelle ces derniers lui répondaient. Alors que la présidente du FN s’attachait au fond, Jean-Marie Le Guen et Eva Joly en appelaient aux valeurs, et Christian Jacob faisait de la critique facile et stérile du gouvernement. D’un côté, du concret ; de l’autre, de la posture. Face à une telle déconfiture du « camp républicain », on peut s’interroger : est-ce la seule qualité des débatteurs qui est en cause ? Ou est-ce autre chose ?

Friedrich Hayek disait : « ce sont les idées qui mènent le monde ». Or nous avons une classe politique, de l’extrême droite à l’extrême gauche, qui depuis plusieurs décennies fait l’apologie du socialisme. Qui ose remettre en cause le monopole de la Sécurité Sociale ? Qui ose remettre en cause la planification foncière et les logements sociaux ? Qui ose remettre en cause le salaire minimum et les trois mille pages du Code du Travail ? Qui ose affirmer que c’est de l’économie de marché que vient le progrès social et non de la loi ? Qui ose affirmer que les réglementations tous azimuts appauvrissent tout le monde et d’abord les plus faibles ?

Nous avons donc une classe politique qui ne défend plus depuis longtemps les idées de liberté, et qui défend, donc, le socialisme. Or, du jour où vous mettez en place un État Providence qui va s’occuper des gens du berceau au cercueil, se pose la question du financement du système. Plus ce dernier est développé, plus vous avez un déplacement de responsabilité des citoyens vers le pouvoir politique. Le pouvoir politique a besoin, pour financer l’ensemble, de lever des impôts. Or si vous avez des services fournis gratuitement ou à moindre prix par les pouvoirs publics, comment voulez-vous ne pas attirer des étrangers qui ne vont venir que pour ces avantages, sans en payer le prix ? Par ailleurs, comment voulez-vous que des immigrés de bonne volonté puissent donner plus qu’ils ne reçoivent à la société quand la réglementation organise une pénurie d’emplois, de logements et de médecins ? Lever toujours plus d’impôts atteint ses limites et le système social est sur le point d’imploser. Restreindre la liberté de circulation n’est qu’un moyen de contenir la dérive du déficit budgétaire du système, ce à quoi se résout le gouvernement Ayrault, tout comme l’avait fait le gouvernement Fillon.

Ceci nous ramène à notre débat. Marine Le Pen avait pour elle la cohérence : État Providence à tous les étages et, en conséquence, fermeture des frontières. En face, le refus de constater que le socialisme est incompatible avec la liberté de circulation les conduit à se réfugier dans la posture, qui ne trompe plus personne, à en croire la défiance qui règne dans le pays.  Dans une société dominée par un gouvernement omnipotent, les immigrés sont jugés par l’appareil d’État selon des règles arbitraires, donc nécessairement injustes. Dans une société libre, les immigrés sont naturellement invités à s’intégrer par le travail et aidés grâce à la générosité des individus déjà sur place. Les immigrés de mauvaise volonté n’ont pas à être expulsés : sans soutien des autochtones, ils ne peuvent que partir pour trouver de quoi subvenir à leurs besoins. Ayn Rand disait : « Les idées nauséabondes ne sont dangereuses qu’en l’absence d’hommes pour en défendre de meilleures ». Seul le libéralisme, en affirmant la primauté du respect de l’individu, d’où qu’il vienne, propose une cohérence en mesure de convaincre l’honnête homme que les idées nationalistes sont nauséabondes.

Je suis resté socialiste pendant plusieurs années encore, même après mon refus du marxisme. Et si la confrontation du socialisme et de la liberté individuelle était réalisable, je serais socialiste aujourd’hui encore. Car rien de mieux que de vivre une vie modeste, simple et libre dans une société égalitaire. Il me fallut du temps avant de réaliser que ce n’était qu’un beau rêve ; que la liberté importe davantage que l’égalité ; que la tentative d’instaurer l’égalité met la liberté en danger ; et que, à sacrifier la liberté, on ne fait même pas régner l’égalité parmi ceux qu’on a asservis.

Karl Popper

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